Réhabilitation d’un symbole : la tombe de Jean Marcellin au cimetière du Montparnasse

Jean-Esprit Marcellin, né à Gap le 24 mai 1821, mort à Paris le 22 juin 1884, est un sculpteur gapençais, dont la carrière s’est dans l’ensemble déroulée à Paris.

D’origine modeste, il a dû prendre un métier pour payer ses études, mais n’a pas tardé à être remarqué, d’une part par Elisée Roubaud, maire de Gap, qui l’encouragea et lui fit verser une allocation, de l’autre par Antoine Allier, statuaire et député des Hautes-Alpes, qui l’invita à le rejoindre dans son atelier parisien. Jean Marcellin a été l’élève de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts et a travaillé dans l’atelier de son maître François Rude. Il a régulièrement exposé au Salon de peinture et de sculpture, où les œuvres agréées par l’Académie des Beaux-Arts étaient seules montrées. Plus tard, soucieux de faire connaître les jeunes artistes, il est entré lui-même dans le jury qui en décernait les prix.

Il a rapidement bénéficié d’un accueil très favorable de la critique et connu le succès dès 1848. Il a obtenu, tout au long de sa carrière, de nombreuses récompenses et médailles. Il a honoré de multiples commandes, sans jamais oublier la ville de Gap, mécène de ses débuts, à laquelle il offrit, dès 1846, la statue du mathématicien Jacques de Poligny, et vingt ans plus tard, celle de Charles-François de Ladoucette, ancien préfet des Hautes-Alpes.

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Charles-François de Ladoucette

On lui doit des œuvres célèbres, d’inspiration mythologique, comme « Le Berger Cyparisse tenant son faon qu’il vient de tuer par mégarde » (1848) et « Cypris allaitant l’Amour », « Léda et le Cygne » qui lui apporta la gloire. Ses sculptures représentent des personnages célèbres (Grégoire de Tours, Joinville, Mirabeau, Suffren, Villars…), des allégories (la Renommée, Les Génies du commerce et de la navigation…), des symboles comme «  Le Flambeau immortel », sa dernière œuvre. Elles se trouvent dans divers sites parisiens : au palais du Louvre (une dizaine), au foyer de l’Opéra, à l’Hôtel de Ville, dans l’église Saint-Gervais ou la chapelle de la Sorbonne. Mais aussi en province, à la préfecture des Bouches-du- Rhône par exemple. Elles font de lui un artiste important du XIXème siècle, et une célébrité de la ville de Gap, qui a donné son nom à sa place centrale (auparavant place Saint-Etienne), commémoré le centenaire de sa mort et soigneusement remis en état les bustes et maquettes qu’elle possédait.

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Léda et le Cygne

Mais Jean Marcellin a aussi joué un rôle essentiel dans la fondation de la Fraternelle : artiste philanthrope qui n’avait jamais renié ses origines, il était sensible à l’isolement comme à la situation précaire des « déracinés » qui, pour une raison ou une autre, devaient monter à la capitale. Il animait la petite colonie alpine, présidant volontiers divers réunions ou banquets, incitant à l’échange et à l’entraide. Malgré la notoriété et la bonne volonté de son principal rassembleur, cette « colonie » alpine de Paris connaissait néanmoins un fonctionnement difficile, et Jean Marcellin appelait de ses vœux la constitution d’une structure plus formelle. C’est un mois après son décès brutal, qu’un banquet organisé à Saint-Mandé le 20 juillet 1884 a signé l’acte fondateur de « la société fraternelle des Alpins résidant à Paris ».

En effet, dans l’émotion qui suivit ses funérailles, sous «  l’influence ultraterrestre de notre vénérable et regretté Jean Marcellin » comme l’écrivait un chroniqueur du « Courrier des Alpes » (« Alpes et Midi » maintenant), le projet s’est précisé. En février 1885, les statuts ont été déposés, le premier président régulièrement élu : Frédéric Roux, maire-adjoint du 3ème arrondissement de Paris. Notons que les journaux de l’époque faisaient état d’une centaine d’adhérents à jour de leur cotisation, et que cet effectif est resté globalement stable jusqu’à nos jours !

Jean Marcellin a été inhumé au cimetière du Montparnasse. Sa tombe s’est, au fil du temps, très dégradée. Georges Dioque, alors président de la Fraternelle des Hautes-Alpes à Paris, s’est ému de cet état de délabrement, que déploraient aussi les collectivités locales (ville de Gap et département), les Amis du musée de Gap et les adhérents de la Fraternelle. Face à cette impression d’abandon, la Ville de Paris menaçait de raser la tombe et de réattribuer l’emplacement.

Faisant appel à du mécénat public et privé, Georges Dioque a réuni pour cette restauration une somme non négligeable, déposée sur un compte spécial. Si le montage financier était bouclé, les contacts déjà pris avec le marbrier, il restait à résoudre l’épineux problème juridique : la tombe était, depuis 2009, sous le coup d’une procédure de reprise pour destruction par la Ville de Paris ! Georges Dioque a d’abord cherché à retrouver le testament de la veuve de Jean Marcellin, décédée en 1926, document qui, disait-il dans un article du « Dauphiné libéré » de mai 2013, « permettrait de prouver à la Ville de Paris que quelqu’un dans les Hautes-Alpes a des droits sur cette tombe ». Faute de réussir dans cette démarche, il a changé d’objectif et montré, grâce au catalogue raisonné de l’œuvre de Jean Marcellin établi par le musée de Gap, qu’il s’agissait d’un artiste notablement reconnu. Le service des cimetières de la Ville de Paris a dès lors accepté de réviser sa position, mais le dossier de reprise administrative (et non, comme au départ, de simple destruction) s’est enlisé pendant des années.

Sans pouvoir relater chronologiquement les multiples épisodes de ce que le bulletin de juin 2011 appelait « L’Affaire de la tombe », disons simplement que, de 2009 à 2015, les bulletins successifs ont presque tous évoqué un inquiétant feuilleton, dans lequel la patience de Georges fut mise à rude épreuve. Le titre « Rien n’est simple, tout se complique » (février 2010, page 1) reste emblématique d’une procédure qui a souffert de toutes sortes d’atermoiements : querelles de territoire entre la Ville de Paris (qui revendiquait la propriété légale de la tombe, mais n’avait ni les moyens, ni même l’envie, d’y faire quoi que ce soit) et la ville de Gap (qui, bien que légataire du sculpteur, était déboutée de son désir d’acquisition et de rénovation) ; arguties juridiques, comme la recherche de l’introuvable testament ou la contestation de la maîtrise d’ouvrage confiée à la Fraternelle ; changements des personnels responsables, inertie des contacts entre les divers services, désinvolture de la capitale à l’égard d’une province éloignée et absence de réponse aux courriers envoyés par des personnalités du département (lettre cosignée par les cinq principaux acteurs politiques, intervention personnelle du sénateur). Bref, tout semblait se liguer contre ce projet de réhabilitation, pourtant préfinancé. Georges Dioque parlait même de « déception » et d’« échec » (février 2014, page 2).

Une fenêtre s’est enfin ouverte, lorsque Madame Guénola Groud, conservatrice générale du patrimoine, a pris en charge le dossier : elle a proposé un « partenariat » ou « mécénat partagé » entre la Ville de Paris et la Fraternelle. Le devis avait curieusement grimpé, la Mairie de Paris n’hésitait pas à «  faire la manche », mais la tombe pouvait, au deuxième semestre de 2014, entrer dans une phase active de travaux de rénovation.

Le 14 octobre 2014 enfin, a eu lieu au cimetière du Montparnasse la cérémonie marquant la clôture des travaux de réhabilitation. Y assistaient Georges Dioque, Guénola Groud accompagnée d’une délégation du service des cimetières, le député Joël Giraud, ainsi qu’une trentaine de membres de la Fraternelle et des représentants de la maison Rebillon, le marbrier qui avait redonné à la tombe tout son lustre. Le soleil brillait, faisant ressortir la blancheur du monument par rapport aux sépultures voisines.

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Georges Dioque devant la tombe de Jean Marcellin

La solennité du moment n’a échappé à personne. Une magnifique raquette de fleurs a été déposée sur la pierre tombale, geste réparateur en quelque sorte. En 1884 en effet, lors du banquet qui suivit le décès de Jean Marcellin, l’orateur avait dit : « S’il ne nous a pas été donné de déposer au nom de la colonie alpine une couronne sur la tombe de notre ami […], c’est parce que […] la société que nous voulons fonder n’existait pas encore ; pour éviter qu’un tel fait ne se renouvelle il faut dès ce soir fonder la société ».

Georges Dioque mesurait la profondeur du symbole. Il savait que pérenniser la tombe du premier rassembleur des Haut-Alpins de Paris incombait, pour l’essentiel, à la Fraternelle. Il a jeté toutes ses forces dans une entreprise, où le mot « mission » a pris son sens le plus plein.

SUCCÈS : UN SQUARE ORONCE FINE A PARIS !

Discours prononcé le 25 mai 2016 par Caroline Bost, Vice-présidente en charge des activités de la Fraternelle

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Ce titre triomphant du Bulletin N°80 en date de février 2014 trahit la joie de notre regretté Président Georges Dioque de voir ses nombreux efforts récompensés !

En effet, ayant à cœur d’honorer la mémoire des Haut-Alpins à Paris qui ont contribué au rayonnement de notre département, et sachant qu’un mathématicien du XVIème siècle, Oronce Fine, haut-alpin de naissance, répondait à cette qualité, il n’a eu de cesse de vouloir lui faire attribuer un lieu dans Paris.

Nous n’allons pas retracer tous les méandres administratifs aboutissant à l’apposition des plaques que vous pouvez voir sur ces grilles. L’histoire a duré de 2009 à juillet 2013 !

Mais avant de nous intéresser à notre savant, je voudrais tout d’abord saluer la mémoire de Georges et remercier Laurent Risoul, ici présent, qui a beaucoup œuvré auprès de la Mairie de Paris pour faire aboutir cette démarche.

Dans le même bulletin N°80, Georges s’étonne qu’il n’y ait pas encore eu d’inauguration officielle de ce petit square, et il s’interroge sur la raison. Peut-être des relations difficiles entre l’Hôtel de Ville et la Mairie du Vème ? Il doute que cette inauguration ait lieu au printemps suivant, la période électorale qui s’annonce n’étant pas favorable.

Mais la maladie, hélas, devait complètement ajourner ce projet, dont il avait confié la réalisation « festive » si je peux m’exprimer ainsi, à Christiane et à moi. Puisque ce matin, nous sommes là sans lui pour le faire, je voudrais rendre hommage à sa mémoire.

Nous remercions Monsieur le Député Joël Giraud de sa présence à laquelle tous les Haut-Alpins sont d’autant plus sensibles qu’il ne devait pas être présent ! Quant à Madame le Maire du Vème, Christiane a sollicité sa présence à plusieurs reprises, mais elle n’a pas obtenu de réponse.

Alors ORONCE FINE ?

Moi la littéraire, faire l’éloge d’un mathématicien, la chose est cocasse ! Mais courante dans le milieu de l’Institut, parait-il.… On se rassure comme on peut !

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Portrait d’Oronce Fine

Deux dates : 1494-1555.

Oronce Fine naît à Villar St Pancrace, près de Briançon, en 1494. Son père est médecin et, à ses heures libres, fabrique des appareils pour regarder le mouvement des planètes. Sans doute est-ce-lui qui donne à son fils le goût pour les étoiles. Mais Oronce Fine est orphelin de père très jeune et envoyé à Paris par sa famille pour y faire ses études.

Dans le pur esprit de notre Fraternelle à son origine, remarquez-le bien, Oronce Fine est accueilli à Paris par un compatriote, Antoine Silvestre, qui lui enseignait les belles-lettres au Collège  de Montaigu. C’est « ce pays » qui fait rentrer Oronce Fine au Collège de Navarre, qui se trouvait à l’endroit de l’école Polytechnique autrefois.

 

Pour comprendre la vie d’Oronce Fine, il est essentiel de le situer dans son temps et de savoir qui sont certains de ses contemporains.

Né sous Charles VIII, il a 4 ans quand Louis XII lui succède, 17 ans lorsque François Ier arrive au pouvoir, et il meurt sous Henri II à l’âge de 61ans. Ses contemporains célèbres sont, entre autres, Nicolas Copernic (1473-1543), un Polonais, et Leonard de Vinci (1452-1519), un Italien. De même, c’est la découverte de l’Amérique (1492) deux ans avant sa naissance, l’invention de l’imprimerie (1454) également peu de temps avant sa naissance et, petite observation qui n’a rien à voir avec Oronce Fine mais qui peut être intéressante pour certains d’entre nous : c’est la première ascension du Mont Aiguille (1492) ! Le Pape sous lequel il vit adulte est Léon X.

Pourquoi ces rappels historiques ? Pour comprendre l’importance que certaines de ces découvertes vont avoir dans la vie d’Oronce Fine, et plus particulièrement l’invention de l’imprimerie. C’est en effet à cause d’elle qu’il va connaître la disgrâce pour commencer. Mais c’est aussi par elle qu’il va connaître la grâce, si je peux m’exprimer ainsi.

Ces deux points vont être la trame de mon récit. Il est rare qu’une personne commence par connaître la disgrâce, puis qu’elle soit réhabilitée de son vivant. C’est cependant ce qui s’est heureusement produit pour notre savant.

1 / La disgrâce.

Souvenez-vous. Oronce Fine naît 1494. Il arrive à Paris très jeune. Il fait certainement de brillantes études. Très vite, il se consacre aux mathématiques qu’il étudie dans les livres, dit-il, car on ne les enseigne pas à l’époque, tout simplement par ce que ce n’est pas lucratif. Et, comme cet enseignement est inexistant, Oronce Fine, pour gagner sa vie autant que pour transmettre le goût de cette science, en propose les premiers cours particuliers.

Pour vivre, les étudiants se proposaient aussi souvent comme correcteurs d’imprimerie, au service des éditeurs dont presque toutes les publications étaient en latin. C’est ce que va faire Oronce Fine. Vous percevez déjà poindre le rôle important de l’imprimerie dans sa vie. En outre, les livres de mathématiques qui commencent à être imprimés ayant besoin de figures, notre Briançonnais en dessine beaucoup, de sorte que le graveur n’a plus qu’à les copier. C’est même bientôt lui qui va les dessiner sur des blocs de bois. La plus ancienne figure de ce genre qu’on puisse lui attribuer avec certitude est celle qui accompagne une édition de « la théorique des planètes » de Peuerbach (Theoricarum novarum planetarum textus). Le dessin porte sa marque : un O encadrant un F gothique. A la fin de cette édition, certains ont vu dans les vers latins qui la terminent l’acrostiche Orontius Fine Briansonensis. Comme quoi, vous voyez, il se réclamait de ses origines haut-alpines en signant ses travaux !

Donc tout se passe bien jusqu’à 1516. Oronce Fine a 22 ans. Si je vous dis 1515, vous me répondez bien sûr … Marignan. Eh oui ! François Ier est vainqueur et il compte bien profiter de son prestige pour étendre son pouvoir. Il va commencer par rencontrer le Pape Léon X pour remettre en cause la Pragmatique Sanction de Bourges. Non, non, je ne m’égare pas, soyez sans crainte !

En deux mots, comme je viens de vous le dire, François Ier veut étendre son pouvoir y compris sur l’Eglise. A cette fin, il rencontre le Pape afin de modifier les relations entre le Saint Siège et la royauté, à l’avantage de cette dernière. Beaucoup de contestations s’élèvent en France contre cette extension du pouvoir royal. L’Eglise bien sûr, qui voit ses prérogatives rognées, puis les universitaires, curieusement, car eux non plus ne veulent pas d’une autorité royale si puissante. Parmi les contestataires, qui trouvons-nous ? … Oronce Fine ! Avec eux, notre Briançonnais tâche de convaincre les imprimeurs de ne pas publier le futur Edit qui résulterait de l’accord entre le Pape et François Ier. Toutes les oppositions échouent et le Concordat de Bologne est signé en 1516. Mais évidemment Oronce Fine ne ressort pas indemne de cette querelle, où il a pris parti contre le Roi, et il va se retrouver en prison pendant 7 ans, jusqu’en 1524.

Est-ce pour sa valeur scientifique, est-ce pour son attitude de repenti, nous ne savons pas, mais en cette année 1524, François Ier lui accorde son pardon et il sort de prison. La période de grâce commence, beaucoup plus longue que la première heureusement, puisqu’elle s’achèvera par sa mort en 1555, à 61 ans.

2 / La grâce.

Comment François Ier s’est-il rendu compte des qualités scientifiques d’Oronce Fine ? Il est difficile de répondre à cette question. Toujours est-il qu’à peine sorti de prison, le roi demande à Oronce Fine de l’accompagner à Milan (dont il avait obtenu le duché après sa victoire à Marignan). François Ier souhaite sa collaboration pour édifier les fortifications de cette ville.

Il devait être agréable de travailler avec lui, à en croire un cosmographe d’Henri II qui écrit à son sujet : c’était «  un homme qui était fort bien reçu des grands seigneurs, qui se baignaient à ses mœurs qui étaient simples, ouverts, sans dol, ni fard ni hypocrisie, mais d’un cœur franc, libre, joyeux, facétieux ».

En 1531, Oronce Fine défend devant François Ier les mathématiques dans une épître « sur leur dignité, leur perfection et leur utilité ». Il faut croire qu’il aura été brillant car le Roi lui confie alors la première chaire de mathématiques du Collège Royal (qui est aujourd’hui le Collège de France). De l’avis de certains, Oronce Fine a peu apporté à la recherche en mathématiques, mais il a contribué à leur « popularisation ». Il n’est pas exagéré de penser qu’il fut le premier professeur français de mathématiques. Ses contemporains ont dit de lui qu’il était « le restaurateur des mathématiques en France ».

C’est à un Briançonnais que revient cet éloge. Les Hauts-Alpins peuvent en être fiers !

Mais il ne fut pas qu’un mathématicien. Esprit curieux, formé par son père à l’étude du Ciel, il est tout naturellement porté à étudier l’astronomie. L’objet qui témoigne de son art en la matière se trouve à la Bibliothèque Ste Geneviève à Paris (au passage sachez que cette bibliothèque est l’ancien Collège de Montaigu dont je vous ai parlé pour commencer et où enseignait Antoine Silvestre, l’ami haut-alpin qui avait accueilli Oronce Fine à Paris). Il s’agit d’une horloge astronomique qui se présente sous l’aspect d’une tour à 5 faces ayant chacune deux cadrans superposés posés sur un piédestal. Un mécanisme central entraîne un certain nombre de mécanismes périphériques dont la fonction est, pour l’un, de donner l’heure, pour les autres, d’indiquer les positions à la même heure de chacune des planètes et, d’une façon générale, de figurer l’état de la voûte céleste.

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Horloge astronomique

Pour honorer sa mémoire, l’Union astronomique internationale a donné le nom de notre Haut-Alpin à un cratère lunaire, qui s’appelle donc cratère Orontius !

Un astronome est forcément attiré par la cartographie, ce qui n’a pas manqué. Oronce Fine a laissé son nom à une grande carte de France, dont un exemplaire à la BN porte la date de 1553. Mais avant cette carte, il avait dès 1536 fait paraître sa grande mappemonde cordiforme . Vous pouvez également en voir le seul exemplaire à la BN. Cette carte plaisant beaucoup au Roi, il a accepté de l’imprimer mais en prenant soin de prévenir son public des erreurs possibles de sa représentation du monde ! Il avait été aidé dans cette tâche par les « hydrographes modernes »…Comprenez : les marins. Evidemment, cette carte reflète les incertitudes et les hypothèses de l’époque en matière de géographie. Elle fait néanmoins l’admiration des géographes modernes. Y figure l’ébauche des côtes de l’Antarctique, qui pourtant n’a été exploré qu’au XIXème siècle. C’est un mystère encore de nos jours.

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Grande mappemonde cordiforme

Terminons en admirant un spécimen des cadrans solaires qu’Oronce Fine a également fabriqués . En forme de vaisseau, on l’appelle une « navicula ». Ce cadran solaire en ivoire est pliable et portatif. Si vos pas vous conduisent à Milan, ne manquez pas d’aller admirer cet émouvant et bel objet au Musée Poldi Pezzoli où il est exposé. Regardez à gauche la signature de notre savant : op Orontii F : Opera (ou ouvrage d’Oronce Fine). On aperçoit mal sur le mât les symboles de la Royauté gravés par Oronce Fine : d’un côté la salamandre, emblème de François Ier, de l’autre le lys, royal bien sûr.

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Cadran solaire en ivoire “navicula”

Nous voici donc arrivés au terme de cette petite étude sur Oronce Fine. Retenons qu’il fut mathématicien, astronome, cartographe et professeur. Nous emprunterons à son biographe André Thevet cette dernière description : « Il était fort aisé à ésmouvoir à cholère, mais aussi estait-il prompt à apaiser, à faire plaisir à un chascun, tort à personne, craignant Dieu et surtout sans avarice ». Rappelons, pour satisfaire la curiosité de certains peut-être, qu’André Thevet fut explorateur, écrivain et géographe. Né en 1516 à Angoulême, il est mort en 1590 à Paris. C’est lui qui a rapporté les premières graines de tabac en France et publié en huit volumes en 1584 « Vrais portraits et vie des hommes illustres » sur le modèle de l’œuvre de Plutarque, traduite dix ans plus tôt.

Oui, nous pouvons être fiers aujourd’hui de voir son nom briller en ce quartier où nous mettons nos pas dans les siens.